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Emotions et Management: Incomptabilité d’humeur?

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« Vivez pleinement vos émotions. Ne les jetez pas aux oubliettes. Elles reviendront toujours pour vous hanter. Ne pas écouter ses émotions engendre la lente agonie d’une partie de soi ».

J’attendais dans cette minuscule salle d’attente depuis maintenant vingt cinq minutes. Je me rappelais soudain que la corporation des médecins et autres spécialistes était quasiment la seule à ne pas savoir ou vouloir gérer le temps. J’étais toujours étonné que tant de râleurs aux caisses des supermarchés ferment leurs grandes gueules chez leur médecin malgré le non respect récurrent des heures de rendez-vous.

Cette ostéopathe m’avait été conseillée pour libérer mes cervicales et mes lombaires. Ces douleurs revenaient sans cesse. Certains m’avaient conseillé d’arrêter de jouer au rugby. Je les avais écouté avec beaucoup de frustration. Ma colonne vertébrale continuait pourtant à me martyriser régulièrement.

La porte s’ouvrit et l’ostéopathe apparut enfin.

 

Je lui racontais ma petite histoire et me déshabillais. Elle m’ausculta avec attention et pris le temps d’écouter mon corps, beaucoup de temps  et le délivra avec douceur et chaleur. En cet instant, je me fichais éperdument de savoir qu’un autre patient trépignait certainement et silencieusement dans la salle d’attente.

Je flottais ainsi apaisé.

Regaillardi, je demandais quelques conseils à cette magicienne afin d’éviter ces douleurs.

Elle posa son stylo, pris ses lunettes entre les doigts.

– Monsieur, la recette est simple. Vivez pleinement vos émotions. Ne les jetez pas aux oubliettes. Elles reviendront toujours pour vous hanter. Ne pas écouter ses émotions engendre la lente agonie d’un epartie de soi.

Et voilà, la boucle est bouclée pensais-je. Je me perdais ensuite dans mes pensées.

« Ne pleure pas t’es pas une fille », me disait mon père. « T »es un viking! » (Nous avions regardé quelques jours auparavant le film « Les Vikings » de Richard Fleischer avec notamment Kirk DOUGLAS et Tony CURTIS).

« Même pas mal, même pas mal… »

Fais pas la gueule, Papa. Ce n’est pas totalement ta faute.

Je suis. J’étais un « constipé émotionnel ». Je suis. J’étais un imposteur de l’émotion.

Je me cache. J’occulte. J’ignore. Je fuis? Je contourne. J’évite. Je feinte. Je me noie. Je m’enlise. Je me mens. Je me (maux)dits. J’objecte. Je me distrais.

Stop, l’imposteur. Affabulateur, tombe le masque.

Les vikings, aussi, pleuraient.

Mon lac émotionnel est calme. Pourtant en ses profondeurs, les lames de fond se fortifient et grondent. Les courants chauds et froids s’entremêlent, s’entrechoquent, préparent la tempête. Le tsunami est proche de mes côtes.

Combien de fois cela nous est arrivé? nous en prenons plein la gueule toute la journée. Le boss, nos chers collègues, nos clients « rois », nos « cons-citoyens ».

Nous courbons l’échine (même pas mal, même pas mal) et arrivés à la maison une remarque anodine de notre tendre épouse, la chair de notre chair qui refuse de se laver les mains avant de dîner et c’est l’exposition nucléaire.

La déflagration coupe toutes les têtes qui dépassent. Trop tard, les vautours survolent déjà le champ de bataille.

Combien de fois la réaction disproportionnée de notre interlocuteur nous a également totalement désarçonée?

Allez, arrêtons de subir. Ne craignons pas nos émotions.

Elles sont bienveillantes. N’est ce pas Madame, l’ostéopathe!

Elles sont les voyants rouges et verts qui nous alertent quand notre moteur émotionnel s’emballe et se grippe.

Accueillons-les. Ecoutons-les. Elles ont tant de choses à nous dire, à nous apprendre? Identifions le message positif qu’elles veulent nous communiquer.

Grandissons à leurs côtés, en pleine conscience.

Une pensée, une situation. Plus la résonance est puissante, plus nous devons être vigilants. Le message est d’importance. Nous ne pouvons le négliger sauf à prendre le risque d’un dérèglement à court ou long terme. La machine vacillera un jour.

La vie serait bien terne sans émotions, sans sentiments. Nos émotions font ce que nous sommes. Ce que nous sommes, chacun pour soi et chacun pour les autres. Nos émotions ont pour vocation première de nous informer sur la satisfaction ou non de nos besoins. Quel intérêt avons-nous de les négliger, de ne pas les écouter?

Il est ici question de respect. Chaque émotion rejetée est une marche de plus au bout du tapis rouge de nos faiblesses de positionnement, de nos lâchetés et de notre stérile volonté d’être sans cesse « politiquement correct ».

Cervicales et lombaires douloureuses, viscères en vrille, ulcères récalcitrants et migraines vrombissantes pour les mieux lotis, burn-out et suicide pour les autres.

Stop, dégonflons la baudruche. Claquons la porte de nos chers magiciens de l’industrie pharmaceutique.

La vérité est simple. J’ai longtemps tenté de tenir fermement le couvercle sur la marmite de mes émotions. Elles me faisaient peur. J e ne maîtrisais rien. C’était inacceptable. Elles auraient, de plus, révélé au Monde ma singularité. Elles effrayaient ma lâche pudeur.

Ah cher lecteur, merci de me le rappeler. Effectivement, l’entreprise n’est pas le lieu idéal pour exprimer ses émotions. Cette attitude désinvolte pourrait me faire passer pour un faible. Mes défaillances pourraient être utilisées par les jeunes vizirs qui veulent prendre la place du calife.

Récemment, je participais à une réunion entre un manager et son équipe. Un membre de l’équipe l’attaqua sans sommation et sans élégance. Le manager répondit avec dignité et exprima sans détour les émotions qui étaient les siennes de se sentir mis à l’écart et peu respecté par ses collaborateurs.

Gageons que cette sincérité sera le socle d’un nouveau départ et d’un dialogue retrouvé.

Combien de conflits pourraient être évités si nous avions le courage d’exprimer nos émotions? Nos émotions ont un rôle prédominant et influencent de façon certaine notre façon de manager.

Nos capacités à identifier nos émotions et à réguler nos comportements en conséquence est un edes clés de notre réussite managériale. Cet entrainement intrinsèque développera sans aucun doute une habileté à reconnaître les émotions de nos collaborateurs et de l’ensemble de nos interlocuteurs.

Ce sens de l’écoute émotionelle fera la différence.

Etre désormais en contact intime avec nos émotions vous permettra de découvrir, jour après jour, les innombrables croyances souvent limitantes qu’elles véhiculaient et à contrario de prendre cosncience des formidables ressources qui sont les vôtres.

Ma nouvelle amie, ostéopathe me conseilla d’écrire un journal de mes émotions.

Ce fut un excellent conseil. Chaque jour, je parle ainsi de mes colères, de mes peurs, de mes frustrations et de mes joies. Cette libération même à retardement m’apporte un soulagement inespéré.

Je peux ainsi revoir le film de ma journée, identifier mes émotions, m’interroger sur l’adéquation de celles-ci avec les situations vécues; Rembobiner et visualiser les mêmes scènes vécues de façon harmonieuse et équilibrée.

Votre journal permettra donc de verbaliser vos émotions et de prendre du temps pour vous.

Vous être certainemtn équipé d’un PDA (Personal Digital Assistant), vous serez tenté comme je le fus tout d’abors de l’utiliser comme journal.

Je vous conseille vivement de privilégier le support papier. La fluidité de votre écriture confortera la relation à l’émotion. C’est du moins le résultat de mon humble expérience.

A vous de jouer

A bientôt les vikings!

Et n’oubliez pas « la joie précède la victoire »…

Alain Dulucq

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